Vœux 2020

 

2020-Voeux

De gauche à droite sur la carte de vœux 2020 :

Baiser, jeune fille nue sur un rocher qui envoie un baiser de ses deux mains. Sa position évoque la petite sirène assise sur son rocher dans le port de Copenhague , mais elle n’en a pas l’expression de rêverie mélancolique ; elle extériorise chez Saint-Marceaux une gaieté à partager, un au-revoir, des  » je vous aime  » .
Esquisse coulée en bronze, Musée des Beaux-Arts de Reims. Serait-elle le « brouillon » de «L’Aurore », marbre, 1895, musée des Beaux-Arts de Lyon ? La recherche de la position des bras peut le laisser penser mais les jambes se sont repositionnées différemment. Pas d’indication pour trancher ces interprétations.

Premier Baiser, terre cuite, 1883, musée de Vichy.
Timidité et tendresse dans cet effleurement des lèvres du garçon sur la joue de la jeune fille, au coin des lèvres mais pas sur l’espace intime des lèvres. Aucune sensualité possessive dans ce premier baiser, chaste et pudique, plein de retenue mais aussi d’émotion. La fougue du Baiser de Rodin (1889) entre les amants dévorés de désir charnel n’a pas sa place ici, dans ce premier contact physique.
L’unique exemplaire en marbre a été acheté par Madame Pommery.

La Champagne, la Vigne ou Mousse de Champagne sont les appellations de la statue commandée par la Ville de Reims en 1880 pour une fontaine. Elle fut installée en 1905 dans la cour de l’Hôtel de Ville de Reims sous le nom de La Vigne. Marguerite de Saint-Marceaux dans son Journal nomme la statue de l’une ou l’autre appellation jusqu’en 1921 et La Vigne ensuite.
La Champagne ou Mousse de champagne ?
La gracieuse jeune femme qui lève son verre ici ressemble beaucoup à La Vigne dans son attitude et ses pieds dans les raisins mais elle en diffère par la position des bras dont le gauche lève très haut une coupe et le droit tient une bouteille de champagne par le goulot. Aucun autre vin n’est contenu dans ce type de bouteille donc il ne peut y avoir d’erreur. Son bonnet phrygien et sa robe moulante décolletée sont envahis de feuilles de vigne. Le joli sourire qui accompagne son geste nous invite à trinquer avec elle.
L’appellerons-nous La Champagne ou Mousse de champagne ? C’est un bronze qui appartient à une collection particulière. Dans les documents consultés, elle porte souvent le nom de « Mousse de champagne ».

Le Dieu Pan. Terme et faunesse, terre cuite, 1881, Musée des Beaux-Arts de Reims.

 Si René de Saint-Marceaux était un sensible, un pudique, il n’était pas prude pour autant. Il a sculpté les corps habillés, peu vêtus ou nus, suivant la signification qu’il voulait donner à sa statue. Ici, la sensualité nous saute au visage, aux yeux, aux sens, comme la faunesse s’est jetée au cou du terme, sans retenue, dans un élan d’amour. Ses jambes enlacent étroitement la colonne au niveau du bas-ventre du dieu et ses lèvres s’enfouissent dans sa barbe au niveau de la bouche. C’est audacieux et étonnant de la part d’un sculpteur écarté pour son néo-classicisme. Peut-être pas si étonnant si l’on examine toutes les oeuvres, même celles que nous n’avons pas sous les yeux ou celles qui ont totalement disparu.
Elle a été achetée en 1893 à Paris par Henry Vasnier, grand collectionneur et donateur du musée des Beaux-Arts de Reims.

Le Rhône et la Saône ou La Saône se jetant dans le Rhône, musée des Beaux-Arts de Lyon. Le style de cette esquisse semble trancher sur le travail habituel de Saint-Marceaux ; il fut d’ailleurs accusé de copier Auguste Rodin qui avait inventé « l’assemblage ». Une femme s’accroche au cou d’un homme qui semble déséquilibré et projette son bras gauche en l’air, dessinant une diagonale dans le prolongement du corps de sa compagne, à sa droite. Les représentations des deux cours d’eau sont nombreuses dans la ville de Lyon qui leur doit sa richesse. La ville a matérialisé sa reconnaissance par le récent musée des Confluences.
Le musée qui conserve la statuette, rare groupe de René de Saint-Marceaux, s’ouvre sur la place de Bellecour et la statue de Louis XIV. Le piédestal de ce monument expose la Saône sous forme d’une femme tenant une corne d’abondance et à l’opposé, le Rhône a l’aspect d’un vieillard vigoureux tenant une rame qui gouverne malgré le fort courant. Ces bronzes, adossés chacun à un lion, ont été réalisés par les frères Coustou en 1720. Saint-Marceaux renouvelle la légende du confluent où « nos deux fleuves se baisent, commençant leurs vieilles amours » comme l’écrit le graveur Israël Silvestre vers 1650.

Bonne année d’émotions dans tous les domaines, notamment artistiques !

Lucette Turbet  –  Janvier 2020.

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