Arlequin ou la vie mystérieuse d’une statue – 3ème partie


 

Les deux articles précédents ont donné un aperçu des répercussions provoquées par la statue de l’Arlequin dans la société de l’époque : critiques acerbes , moqueries féroces comme on ne pourrait plus se le permettre, protestations véhémentes, louanges et compliments dithyrambiques. Toutes les couches sociales sont touchées par les reproductions en 30 ou 70 cm. L’Arlequin de plâtre « grandeur nature » est réalisé en marbre en 1883 et enfin, en bronze en 1889, comme l’avait voulu Saint-Marceaux dès le Salon de 1880

L’Arlequin enthousiasme Marie Bashkirtseff

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Marie Bashkirtseff, buste de marbre par Saint-Marceaux, après 1884, non localisé

Marie Bashkirtseff (1) s’enflamme pour le plâtre du Salon : « Qu’est-ce que la peinture même la plus belle, la plus grande, quand on a regardé l’Arlequin ? Misère, mièvrerie, tricherie, décadence ! » Elle loue « l’exécution sans rivale », « la haute philosophie », « le chef d’œuvre » ; « c’est la plus haute expression du génie spirituel et satirique » ; « la sublime allégorie frémit, vibre, les muscles tressaillent sous les pièces du costume collant ».

arlequin-platreLa jeune fille n’est pas choquée comme l’ont été certains critiques par la crudité du sexe en relief et des fesses dessinées au plus près de l’anatomie masculine.

L’Arlequin « la bouche riant de travers, (il) bafoue l’humanité ». Elle défend le personnage de la Comédia del’arte dans son Journal quand il « est débiné » et traité « d’ouvrage d’homme du monde » (Tome 15, page 247, 9 mai 1883) ; elle s’indigne « qu’on le comprenne si mal » (ibidem) ; elle y fait référence pour juger la société : « Que le monde est méprisable et comme l’Arlequin de Saint-Marceaux a raison.

Saint-Marceaux lui-même assure que le monde est une vaste maison d’aliénés… » (Tome 15, page 274, 3 juin 1883). Cette statue et son auteur ont vraiment impressionné Marie et deviennent une référence pour elle.

Tellement qu’elle demande à Saint-Marceaux de guider son apprentissage de la sculpture. Il accepte et suit son travail. Cette relation professionnelle est fort intéressante car Marie note dans son Journal ses réflexions sur les oeuvres de Saint-Marceaux qui évoluent sous ses yeux et sur la personnalité et les idées de son maître d’atelier. Marie Bashkirtseff achète un Arlequin de bronze (2).

L’Arlequin de marbre

Trois ans après son apparition au Salon , l’Arlequin est réalisé en marbre à la demande de madame Pommery, séduite elle aussi par le personnage. Elle a succédé à son époux à la tête d’une prospère et réputée maison de champagne de Reims et peut rémunérer Saint-Marceaux à la hauteur de ce matériau noble mais fragile et coûteux, et délicat à travailler.
arlequin-marbre-pommeryLe marbre de Carrare voulu par madame Pommery, dense et lourd, pose une difficulté : la cambrure du dos entraîne la statue vers l’arrière.

Comment maintenir l’équilibre du corps campé sur les deux jambes écartées? Saint-Marceaux invente astucieusement une « cape » à l’arrière qui sert en quelque sorte de « troisième pied » et établit ainsi la stabilité de l’ironique personnage. Cette version paraît au Salon de 1883. Les critiques apprécient : »Ni le plâtre ni le bronze n’ont exprimé la satire mordante et fine qui se dégage de ce marbre  » – La Vérité du 1 novembre 1883 – ; » La tête , déjà si vivante, y a gagné comme une étincelle de gaieté et de malice. Bien mieux que dans le plâtre, on voit, par les trous du masque, les yeux pétiller et sourire  » – Le Temps du 25 octobre 1883 – article de Paul Mantz – Ce critique regrette même que la statue ne soit pas achetée par l’Etat pour le musée du Luxembourg car, selon lui, Arlequin, symbole italien, est devenu bien parisien.

L’histoire de l’Arlequin dans la famille Pommery

Monsieur Philippe Pommery se souvient :

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Buste de Madame Pommery

« Madame Pommery tenait particulièrement à cette oeuvre exceptionnelle. Par testament, elle le légua à un petit-fils Pommery, s’il en naissait un dans le futur. Cette prémonition se réalisa dix-sept ans plus tard mais elle ne l’aura malheureusement pas connu. Louis Alexandre Henri (1907-1978) hérita de ce chef d’oeuvre en même temps qu’il poussa son premier cri. Symbole de l’admiration qu’il avait pour sa grand-mère, Louis Pommery était particulièrement attaché à « son » Arlequin, à tel point qu’il le suivit toute sa vie. Il l’installa dans le hall de la Maison de champagne Pommery en 1941. Supportant mal la présence des nazis sur notre sol, il disait souvent « Son sourire narquois montre le mépris que j’ai pour cette armée d’occupation ». Il ne croyait pas si bien dire. Un jour, l’appariteur vint le prévenir qu’un officier allemand haut gradé demandait à être reçu immédiatement.

Louis Pommery refusa au motif qu’il n’avait pas rendez-vous. L’insistance de l’occupant terrorisa l’appariteur qui insista pour l’introduire. L’entretien fut bref et glacial. L’officier nazi indiqua dans un excellent français qu’il souhaitait acheter cette « magnifique oeuvre d’art ». La réponse fusa sur un ton sec « Monsieur, cette statue m’a été léguée par ma grand-mère alors que je n’étais pas encore né. Je ne m’en séparerai pas ». Après avoir menacé de la confisquer, l’intrus s’est retiré.

Mais peu de temps après cet incident, la bataille fit rage en Belgique et le général eut d’autres préoccupations que de compléter sa collection personnelle par « une prise de guerre » ».

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Les caves de Champagne Pommery en 2017

Ce récit marque l’importance symbolique forte que prend ici l’Arlequin, ce personnage de comédie, dans des circonstances sombres qui auraient pu devenir tragiques. Son sourire narquois devient celui que son propriétaire ne peut adresser ouvertement aux occupants honnis. Quelle charge émotionnelle intense portée par le talent de Saint-Marceaux !

L’Arlequin de marbre existe encore

Ce marbre apparaît dans la liste des Arlequin existants, en 1884, sous la plume de madame Alexandre de Saint-Marceaux, biographe de son fils :

 » * 1 marbre pour Mme Pommery, 1 bronze pour Mme Sarah-Bernhardt, 1 bronze doré pour Mr Heine, 1 plâtre pour le Dr Pozzi   »

Il reparaît ensuite à l’Exposition centennale de l’art français en 1900 (n°1816) avec la mention :  » appartient aux enfants de Mme Pommery (3) « . Aujourd’hui, il se trouve toujours dans la famille Pommery, amoureusement conservé.

L’Arlequin de bronze enfin réussi

L’Arlequin, conçu par René de Saint-Marceaux pour paraître au Salon coulé dans le bronze, a manqué son entrée dans le monde artistique en 1880 mais il a plu envers et contre tout. Le charme qui se dégageait de cette statue a été le plus fort. La fonte enfin réussie comme le souhaitait l’artiste, l’exemplaire paraît à l’Exposition universelle de 1889 (n°2140). Elle appartient alors à Mr Dehaynin ( cf Dictionnaire des sculpteurs français au XIX ème siècle, S Lami, 1921).

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Peu d’éléments sur ce propriétaire ; fait-il partie du Casino de Vichy où se trouve aujourd’hui cette statue? Avait-il commandé ce personnage pour orner le salon du Casino qui a longtemps porté le nom de « Salon de l’Arlequin »?

Y a-t-il une relation avec les sculptures en bas-relief qui ornent la façade de cet établissement de cures thermales ?

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Arlequin de Reims mal restauré avant 1993

 

 

Le bronze a l’avantage d’être solide et celui-ci a permis de retrouver la forme originelle du chapeau à floche du plâtre rémois qui avait été cassé et refait sans aucun rapport avec l’oeuvre originale. L’exposition de 1993 a permis de voir ce plâtre remonté des réserves et adéquatement restauré.

 

 

 

C’est terminé mais pas fini !

J’ ai terminé l’histoire ou plutôt les histoires de cette figure de l’Arlequin, haute en couleurs et chargée de sentiments, portée par René de Saint-Marceaux durant dix ans avant de la réaliser à l’âge de trente-cinq ans. Chaque Arlequin petit ou grand, en terre, bronze ou marbre, peint ou argenté, a traversé mille aventures, à découvrir et retracer le plus fidèlement possible ; je souhaite que nous puissions retrouver à la libre disposition de nos regards celui que Saint-Marceaux a donné au musée de Reims. Cette statue sous son apparence légère de comédie à l’italienne a encore beaucoup d’émotions à nous faire partager.

 

Lucette Turbet________Présidente de l’Association René de Saint-Marceaux
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Juin 2017

 

(1) Marie Bashkirtseff, 1858-1884, peintre et sculptrice d’origine ukrainienne; décès causé par la tuberculose à 26 ans ; Journal  en français à partir de 12 ans ; production artistique importante mais beaucoup d’œuvres détruites par les nazis à la seconde guerre mondiale. Saint-Marceaux réalise le buste de Marie après sa mort pour son mausolée au cimetière de Passy, buste disparu et non localisé cf Cercle des Amis de MB.

(2) Journal Marie Bashkirtseff, Tome 15, p. 247, Bulletin de liaison du Cercle des Amis de M Bashkirtseff n°42, mars 2013.

(3) Catalogue illustré officiel de l’exposition centennale de l’Art français-1800-1889-Exposition universelle de 1900, document musée des Beaux-Arts de Reims.

Arlequin ou la vie mystérieuse d’une statue – 2ème partie


L’Arlequin en plâtre présenté par René de Saint-Marceaux au Salon de 1880 a eu un succès retentissant après le scandale du matériau taché et du pantalon trop moulant.

 

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Réduction Arlequin – Décoration maison

 

 

Cette statue plait tellement que chacun veut posséder le regard pétillant, la batte prête à rosser et le sourire railleur de ce personnage du théâtre italien.
Chaque foyer veut sa reproduction en 35 ou 70 cm dans son salon ou sur le buffet de sa salle à manger.

 

 

 

 

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– Il faut donc réduire le plâtre original qui mesure 1,70 m ?
– Eh oui, mais à partir de 1850, c’est facile avec le pantographe et peu coûteux avec la fonte au sable.

– Alors le sculpteur est d’accord pour reproduire en grande quantité ? Ça doit lui rapporter de l’argent !
– Non, avant 1902, l’œuvre du sculpteur n’est pas protégée, contrairement aux tableaux des peintres ou aux écrits des romanciers ou poètes.

– Ce n’est pas juste !
– En effet, les sculpteurs -et les architectes- ne sont pas considérés comme des artistes des Beaux-Arts mais des artisans des Arts Décoratifs. La loi du 11 mars 1902 sur la propriété artistique et littéraire ajoute simplement ces deux disciplines – sculpture, architecture- au texte de 1793. Et leur protection juridique est assurée!

– Et l’Arlequin de 1880 a pu être protégé des contrefaçons ?
– Après 1902, oui, mais avant 1902, c’était le contrat d’édition avec le fondeur qui s’appliquait; c’était une protection minime qui obligeait les faussaires à détruire leurs exemplaires.

– Et à payer des dommages et intérêts pour réparer l’atteinte à la réputation de l’artiste ? Vu les horreurs qu’ils vendaient !
– Non, c’est pourquoi la loi a été un grand progrès qui a réjouit les statuaires.

 

En 1885, le non-respect du contrat d’édition passe devant le tribunal quand on réussit à intercepter les faux et leurs auteurs. Le rémois Eugène Dupont, ouvrier bonnetier écrivain, rapporte le procès de malfrats dans sa bonne ville : »L’Arlequin est l’objet d’une contrefaçon de la part de trois marchands de plâtre colorié : Bernardini, Giovanni et Pomery (ou -roy), tous trois poursuivis, sont condamnés à l’amende » cf La Vie Rémoise, Jean-Yves Sureau.

 

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Faux Arlequin vendu sur internet en 1995

 

René de Saint-Marceaux, interrogé par Paul Darzac en 1900, disait combien il avait souffert de ces mauvaises copies de son oeuvre : « Mon Arlequin s’est vendu et se vend encore dans la rue, par le monde entier, et je n’en suis pas plus fier pour ça  : car ces surmoulages grattés que vendent les gamins, ce sont d’infâmes imitations. Cette industrie est le vol le plus manifeste, le plus évident, et nous n’y pouvions rien jusqu’à aujourd’hui. » Il souligne la ruse des fraudeurs : « Ces bonshommes-là ont toujours deux moules, dont un chez un ami, pour parer à tout accident. »

La copie en art pose deux problèmes essentiels : celui de la parfaite ressemblance ou identité et celui de la légalité. Ils se posent toujours à notre époque. L’authenticité, elle, ne supporte que l’objet unique. Est authentique ce que produisent les mains de l’artiste; le statuaire peut produire plusieurs « objets » semblables, ils seront et sont authentiques puisqu’ils gardent la marque du geste créateur.

 

 

– Le plâtre est déjà un moulage, alors ?
– Oui, et on peut tirer plusieurs moulages du modèle en argile.

– Et pour l’Arlequin, sait-on s’il y a eu plusieurs plâtres grandeur nature ?
– Nos recherches dans les documents d’époque et le croisement de nombreuses sources nous inclinent à répondre que oui. L’Arlequin du Musée des Beaux-Arts de Reims n’a pas été le seul tiré de la terre originale.

– Où sont les autres ?
– C’est plus difficile de répondre. Peut-être un au musée de Bucarest, un dans la famille de Vendel ou Weindel. Nos demandes, lettres et recherches n’ont pas eu d’échos.

– En tout cas, celui de Reims est bien là, nous l’avons vu dans l’exposition du musée des Beaux-Arts de décembre 2015 à février 2016.

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Arlequin plâtre – Exposition au Musée des Beaux-Arts de Reims

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L’Arlequin considéré comme un monument de Reims

 

Eugène Dupont nous indique en cette année 1880 que le 2 octobre, la Société des Amis des Arts a ouvert ses expositions et a offert aux regards des Rémois « les produits picturaux de 800 exposants. Véritable avalanche sur nos têtes ! »  Le chroniqueur salue les envois de peintres locaux et ajoute « Notre célèbre compatriote René de Saint-Marceaux offre à sa ville natale une reproduction en plâtre de son illustre ARLEQUIN et la Municipalité lui fait une chaleureuse réception à l’Hôtel de Ville , le 15 juillet, à l’occasion de sa nomination dans la Légion d’Honneur. Les Pompiers et les Tonneliers le réaccompagneront en musique … »

 

 

L’Arlequin, comme le Gisant de l’Abbé Miroy, s’est inscrit dans le patrimoine rémois au même titre que la Porte Mars, le Cirque ou la Cathédrale. Le Journal Illustré du 2 novembre 1884 consacre une page complète aux différents monuments ; un paragraphe présente chacun d’eux et c’est Eugène Morand qui décrit l’Arlequin : « Arlequin tient de la comédie italienne par le costume et de la comédie française par l’entrain et la gaieté … Il vient de la patrie du champagne, patrie d’un art nouveau, fringant et charmant, comme le vin doré qui pétille dans les coupes de cristal, et dont Reims fournit chaque année 15 millions de bouteilles aux viveurs délicats. »…

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La suite sera pour le prochain numéro, avec les modèles en marbre et en bronze, dont chacun a une histoire remarquable. J’avais à l’origine prévu de présenter un texte en deux parties mais le sujet m’entraîne. Au prochain et dernier numéro  donc, puisqu’il faut savoir s’arrêter !

 

Lucette Turbet

présidente de l’association Saint-Marceaux

L’Arlequin de Saint-Marceaux ou la vie mystérieuse d’une statue – 1ère partie


A peine détachées des mains du sculpteur, certaines œuvres semblent poursuivre un destin personnel, inattendu, bizarre, énigmatique.

L’histoire de l’ARLEQUIN de René de Saint-Marceaux est un exemple de ces chemins tortueux que peut prendre une statue indépendamment de la volonté de son concepteur.

Première apparition publique : DÉBAT, SCANDALE !

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1880 – Arlequin plâtre (photo d’époque)

On voit l’Arlequin en public au Salon de 1880.

C’est un plâtre de 1,74 m, dont la blancheur est maculée de produits noirâtres.

– D’où viennent ces traces ?
Ce sont des restes de produits de fonderie.

– Pourquoi ne les a-t-on pas nettoyés ?
Parce qu’on n’a pas eu le temps.

– Mais c’est se moquer du monde !
Une partie des visiteurs du Salon a été scandalisée, en effet.

– Et les autres ?
Ils ont trouvé cette audace révolutionnaire.

– Mais la statue est en plâtre ! Pourquoi n’est-ce pas un bronze puisqu’il sort d’une fonderie ?
Parce que Saint-Marceaux voulait présenter le bronze moulé sur ce plâtre. Il a donc confié son plâtre
____à la maison Thiébaut de Paris qui devait lui livrer une statue en bronze.

– Et alors ?
L’artisan fondeur a recommencé plusieurs fois le moulage et l’a raté ! Saint-Marceaux était furieux et tout
____est retourné au fourneau.

– Pourtant la maison Thiébaut était une des plus renommées à l’époque ! Il était peut-être trop exigeant ?
Oui, mais c’était son caractère : Saint-Marceaux était aussi exigeant avec lui-même qu’avec les autres.

– Exigeant ? Et il montre un essai avorté au public du Salon ?
Saint-Marceaux était excédé par les tentatives de fonte et il a tenté sa chance. Il a bien fait puisque le scandale des puristes du Salon a été balayé par l’engouement
____du grand public et de certains membres du jury. Le personnage bien campé sur ses deux jambes, la batte à la main, le sourire ironique sous le masque a séduit et
____toutes les femmes sont tombées sous le charme. Un critique parle « d’arlequinisme tremens ».

L’avant-Arlequin : comment cette idée est-elle née ?

Après ses études, René de Saint-Marceaux part en Italie, destination de prédilection de tous les artistes, en octobre 1868; il visite quelques villes , s’attache à Florence et rentre début 1869, ébloui par Michel-Ange. « … ce sensitif, ce nerveux, fut violemment impressionné par l’œuvre colossale du Titan dont le génie ne semblait devoir féconder que l’âme d’un Rodin et qui, pourtant, secoua fortement les facultés imaginatives d’un Saint-Marceaux comme d’un Paul Dubois » . C’est Léonce Bénédite, conservateur du musée national du Luxembourg, qui présente ainsi le sculpteur en 1922 dans la préface à l’exposition rétrospective de Saint-Marceaux.

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Auguste Rodin – L’âge d’Airain

L’esquisse

Dès son retour à Paris, le jeune René commence la figure de l’ARLEQUIN « dont l’idée lui était venue à Rome « , selon le témoignage de sa mère.

Selon L. Bénédite, « le sujet classique que lui avait inspiré la Ville Éternelle, était tout simplement un Arlequin… Le choc de l’Italie et des maîtres lui avait donné l’idée d’une fine et nerveuse étude de la vie !  » Et le conservateur du musée du Luxembourg établit un parallèle entre cette idée et celle rapportée également d’Italie par Rodin : L’Age d’Airain .

La statue est bien avancée quand Saint-Marceaux est la proie de douloureuses crises de rhumatismes articulaires. Il laisse son Arlequin, couvert de linges imbibés d’eau, et passe l’hiver 69/70 au lit à Reims, chez ses parents. Puis c’est la déclaration de guerre, l’occupation prussienne, la mort de l’Abbé Miroy – cf. article précédent.

Une parenthèse de dix ans

Soigné, René de Saint-Marceaux peut rentrer à Paris en octobre 71.

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Il essaie de reprendre sa figure d’arlequin mais la glaise humidifiée pendant deux ans s’écroule dès qu’il veut y toucher. On lui propose de faire un monument pour l’Abbé Miroy. Il accepte, exécute un gisant, repart pour Florence, y séjourne deux ans, revient à Paris pour se mettre au Génie gardant le secret de la tombe qu’il avait commencé à Florence mais qui n’a pu faire le voyage de retour. Exposé au Salon de 1879, le Génie… obtient la première médaille de sculpture et la médaille d’honneur de l’ensemble des sections gravure, peinture et sculpture réunies.

La statue de bronze ratée

C’est alors que R. de Saint-Marceaux se remet à la figure de l’Arlequin après cette longue parenthèse d’une dizaine d’années : il veut en faire un bronze fondu à la cire perdue, technique qu’il essaie de retrouver , de sortir de l’oubli où elle est tombée en France. D’autres tâtonnent également dans cette même recherche : Dalou, Barrias, Paul Dubois; comme ces maîtres, Saint-Marceaux expérimente. Mais pour le Salon de 1880, la fonte , recommencée plusieurs fois, a été manquée et c’est le plâtre tel quel, maculé par l’atelier de fonderie, que le sculpteur expose. Quelle révolution! Quel scandale! Montrer au public cet arlequin sale, inachevé! Pourquoi certains critiques qui vont si fort encenser Rodin ne crient-ils pas au génie? Pourquoi ne diront-ils pas que le grand Rodin a suivi les traces de René de Saint-Marceaux? Il ne faut pas être en avance sur les goûts de son époque…

Le plâtre original du Salon 1880

Le fait est que, malgré les circonstances défavorables à l’artiste et à sa statue, l’ARLEQUIN plait tel qu’il se présente et il suscite l’engouement du public ; à quelques réserves près, le jury l’apprécie également.

Il va plaire tellement qu’il sera copié à tour de bras comme le Chanteur florentin du maître et ami champenois Paul Dubois ou la Diane courant d’Alexandre Falguière, compagnon d’apprentissage du jeune René dans l’atelier de François Jouffroy.

L’article suivant sera consacré aux copies en toutes dimensions de ce personnage de la comedia del Arte, au modèle en marbre, pièce unique réalisée à la demande de Mme Veuve Pommery et au bronze original, enfin réussi. A bientôt!

 

Lucette Turbet
présidente de l’association René de Saint-Marceaux

Le premier résistant rémois à l’envahisseur date de la guerre de 1870


Il s’appelle Charles Eugène Miroy (1828-1871), prêtre marnais, fusillé par les Prussiens le 12 février 1871

 

Originaire de Mouzon dans les Ardennes, il administre le village de Cuchery dans la montagne de Reims au moment de la déclaration de la guerre avec les Prussiens. Les habitants de Cuchery prennent des positions diverses vis-à-vis de l’ennemi : certains subissent passivement, d’autres collaborent pour essayer de profiter de la situation, d’autres enfin essaient de résister.

L’abbé Miroy a pris ce dernier parti : il pensait que « la qualité de citoyen ne s’efface pas devant l’état de prêtre » ; et quand il faut cacher quelques fusils pour les soustraire à la réquisition prussienne, il propose l’autel de son église. L’opération se fait de nuit, avec quelques amis, discrètement, mais pourtant, le lendemain, l’abbé reçoit une « menace de dénonciation de détention illégale d’armes de guerre ». (Le drame de Cuchery, Henri vidal.)

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L’église de Cuchery, village de la Montagne de Reims

 

Quelques jours s’écoulent, les fusils disparaissent mystérieusement après le vol des clés de l’église. Sur ces entrefaites, un détachement prussien venu pour une nouvelle réquisition essuie, le 6 février 1871, quatre ou cinq coups de feu isolés qui ne tuent ni ne blessent personne mais qui exaspèrent les Prussiens. Ils menacent d’incendier le village si les auteurs des coups de feu ne leur sont pas remis. Les habitants prennent peur et l’abbé est accusé. Par qui ? Il est emmené à Reims, tenu au secret, jugé et fusillé contre le mur du cimetière du Nord. Le maire de Reims, Simon Dauphinot, et l’archevêque Landriot, ne seront informés qu’après l’exécution.

S’il faut en croire le journal La vie à Paris du 6 octobre 1909, le professeur d’allemand de Saint-Marceaux a servi d’interprète pendant le procès de l’abbé Miroy et il rapporte le dialogue suivant:

— C’est vous qui avez caché ces fusils sous l’autel ?
— C’est moi.
— Pourquoi les aviez-vous mis là ?
— Pour les distribuer aux paysans et pour nous en servir pour vous chasser de chez nous si nous l’avions pu !
— Vous n’avez aucun repentir de votre acte criminel ?
— Criminel ? Dites naturel ! J’en suis fier et je recommencerais si j’étais libre !

Le professeur vient voir Saint-Marceaux, alité souffrant de douloureux rhumatismes articulaires, et, écrit le journaliste, « Saint-Marceaux bondit au récit, quoique malade, court à la terre glaise et pétrit pendant que le professeur raconte l’attitude du jeune prêtre ».

 

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Quand l’exécution du prêtre de Cuchery se répand en ville, l’émotion et l’indignation montent et quelques personnes lancent une souscription pour élever un monument à la mémoire de cette mort injuste, violant l’armistice signé le 29 janvier. Le docteur Adolphe Hanrot propose à Saint-Marceaux de se charger de cette commande.

Rentré à Paris en octobre 1871, l’artiste laisse de côté la figure d’arlequin qu’il avait esquissée et se met à « l’abbé Miroy ».

Terminée en 1872, la statue est admise au Salon, mais, déception !… Thiers, chef du gouvernement, demande à Saint-Marceaux ainsi qu’à quelques autres artistes de renoncer à exposer, pour ne pas irriter les occupants, tout en ayant droit aux récompenses. C’est heureux, car le jeune sculpteur se voit attribuer la médaille de sculpture de 2e classe.

Le monument est inauguré au cimetière du Nord le 17 mai 1873, sans son auteur qui séjourne pour la deuxième fois en Italie. Étaient présents les officiels civils et militaires : conseillers municipaux, officiers, magistrats, les représentants des souscripteurs et les parents de l’abbé Miroy. Le maire, Victor Diancourt, prononça un discours digne et ferme :

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« Sa figure, endormie dans la mort, n’est ni farouche, ni menaçante : elle n’est pas l’image de la colère ; elle n’est pas non plus celle d’une lâche résignation;c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles, et que, sans braver la force triomphante, elle n’abdique pas devant elle… Ce sentiment, qu’un artiste distingué, qu’un enfant de Reims dont nous sommes déjà fiers, a su traduire dans son œuvre, ceux qui en ont eu l’inspiration et l’initiative, le partageaient avec lui… »

 

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La statue couchée en bronze de 2 mètres de long et de 0,80 mètre de large n’est plus sur la tombe de l’Abbé Miroy depuis 2006, pour cause de sécurité. C’est une heureuse initiative si elle ne privait pas la population depuis si longtemps du symbole du cimetière du Nord, petit père Lachaise de Reims.

 

Un hommage municipal au titre des combattants morts pour la France est célébré sur le socle de la tombe.

 

Après l’absence au Salon de 1872, la disparition de 2006 a privé une deuxième fois le public du gisant de Charles Miroy par René de Saint-Marceaux.

 

 

La statue est réapparue en 2014 et 2015-16, le temps d’une exposition au musée des Beaux-Arts de Reims. La voici remisée à nouveau dans les réserves de ce musée.

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Quand les Rémois et Champardennais retrouveront-ils cette œuvre dont la présence est aussi nécessaire à leur mémoire collective que n’importe quel monument de la région ? Ne la  laissons pas enterrer une troisième fois!

 

 

Lucette Turbet
Octobre 2016 modifié février 2017.

 

Bibliographie

Bibliographie manuscrite de René de Saint-Marceaux par sa Mère Mme Alexandre de Saint-Marceaux, document du Musée des Beaux-Arts de Reims, sans date précise ;
— Article du journal L’Indépendant rémois du 18 mai 1873 ;
Le drame de Cuchery, Henri Vidal, 1873, Bibliothèque Carnegie
— Article du journal La vie à Paris du 6 octobre 1909 ;
Souvenirs du Maire de Reims, Simon Dauphinot, 1904,

L’Abbé Miroy – Tragique 12 février 1871


 

Les sources du récit des événements :

Le récit des dernières heures de l’abbé Miroy, curé de Cuchery, est parvenu jusqu’à nous sous la plume d’écrivains-témoins tels Eugène Dupont, le bonnetier chroniqueur de la vie rémoise édité par Jean-Yves Sureau ; Simon Dauphinot, maire de Reims durant l’occupation prussienne de la guerre de 1870 ;  Henri Vidal qui détaille dans son récit « Le drame de Cuchery » tous les dessous mesquins de cette affaire ;  Victor Diancourt, qui écrit les douloureux souvenirs de cette période. Un autre homme a assisté de près le curé de Cuchery au long de son ultime parcours, c’est aussi un abbé, Jules Sacré, l’aumônier de la prison. Il en a fait un récit précis et poignant.

 

Le déroulement du jour fatal :

En ce dimanche 12 février 1871, « dimanche de la Sexagésime », l’abbé Sacré reçoit à minuit l’ordre de se rendre à quatre heures trente du matin à l’Hôtel de Ville de Reims. Le commandant prussien Von Rosenberg-Gruszynski ne précise pas l’objet de cette convocation mais le motif ne peut qu’être grave, certainement une exécution capitale.

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Extrait de la lettre de l’abbé Miroy au Gouverneur militaire de Reims.

A cinq heures trente, l’aumônier de la prison dont le cœur se serre reconnaît l’abbé Miroy dans l’accusé qu’il a en face de lui. Les deux confrères se retrouvent dans une salle pour entendre la condamnation à mort prononcée par le juge. L’abbé Miroy écoute la sentence : il avait vainement tenté de se défendre auprès du gouverneur : voir la lettre ci-contre.

Après un instant  de silence, il s’enquiert du jour et de l’heure de l’exécution : « Aujourd’hui, tout à l’heure ». L’armistice est pourtant signé depuis le 29 janvier mais comment protester devant les armes?

On laisse les deux prêtres seuls dans une pièce étroitement surveillée, l’un écoutant l’autre en confession et le préparant à cet instant capital pour tout individu, celui de sa mort. L’abbé Sacré admire, écrit-il, le sang-froid et la grandeur d’âme de son confrère qui n’ a « ni défaillance, ni larmes, ni plaintes, ni récriminations », pas même un mot contre ses dénonciateurs. Les prières se succèdent ; l’abbé Miroy interrompt leur cours par une simple demande : « parlez-moi plutôt, j’aime mieux cela ».

L’heure du départ approche et « les choses de la conscience étant terminées », le condamné couche ses dernières volontés sur le papier d’une main qui ne tremble pas. Il confie à l’aumônier quelques objets personnels accompagnés de recommandations puis les deux prêtres montent dans un omnibus de ville au milieu d’un imposant cortège de soldats. Les roues font un bruit assourdissant sur les pavés et l’abbé Miroy regrette de ne pouvoir marcher à pied pour pouvoir parler encore.

 

Sur le lieu de l’exécution :

 

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A l’arrivée sur le lieu d’exécution, un mur du cimetière du Nord, l’officier qui commande le peloton militaire demande son nom au condamné puis lui dit d’un ton tremblant qu’il est obligé de faire son devoir. Lui et ses hommes sont catholiques comme l’abbé Miroy, leur hiérarchie les a choisis pour  cette raison et mettre leur obéissance à l’épreuve ;  leurs sentiments religieux répugnent à remplir cette mission :  « Je vous demande pardon de l’acte que je vais accomplir mais le devoir m’oblige ».

L’abbé Charles Miroy les absout à l’avance ; il serre la main de l’officier et dit « Faites ». Un soldat propose un bandeau blanc. Le prêtre hésite puis répond « oui, il ne faut pas d’ostentation ».    

 

Les ordres jaillissent, les fusils claquent et le curé de Cuchery tombe foudroyé par les balles prussiennes.

 

 

 

La force du souvenir :

 

plaque-cimetiere Le corps est inhumé dans une fosse commune devant une foule profondément choquée et révoltée et  qui a forcé l’interdiction de pénétrer dans la nécropole. Un employé du cimetière plante une croix de bois avec une inscription   « Ici repose le corps de l’abbé Miroy … victime de son noble dévouement à la Patrie ».

 

La municipalité rémoise détermina une tombe individuelle, la population champardennaise ouvrit une souscription et le sculpteur René de Saint-Marceaux réalisa un Gisant en bronze dont le réalisme romantique a ému de nombreuses générations depuis 1873.

 

 

 

 

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La tombe de l’abbé Miroy a été constamment fleurie par des anonymes jusqu’en 2006, date de son retrait pour cause de sécurité.   Nous voulons revoir l’effigie de Charles Miroy, curé de Cuchery, pour que les paroles prononcées le 17 mai 1873, jour de l’inauguration du Gisant, par le maire de Reims, Simon Dauphinot, restent vraies « Nos enfants, en contemplant ce bronze funèbre, apprendront à détester la guerre et ceux qui l’infligent à l’humanité ».

 

 

 

 

 

 

La transmission de l’histoire, la transmission de l’émotion,  par la beauté de l’oeuvre  :

Le socle nu est toujours fleuri ! Les mains anonymes honorent le résistant et l’oeuvre de Saint-Marceaux qui a marqué l’art de la sculpture funéraire.

 

Lucette Turbet – 11 février 2017

Merci aux services de documentation et aux personnels qui les gèrent avec compétence et passion à la bibliothèque Carnegie et au musée des Beaux-Arts de Reims.

 


 

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Portrait de l’Abbé Miroy dans l’église de Cuchery (Marne)

 


La statue « La Vigne », René de Saint-Marceaux, bronze, 1887

 


Brève chronologie de la Vigne, cour de l’Hôtel de Ville de Reims :

  • 1880 : commande de la Vigne par la municipalité (maire = Victor Diancourt) à Saint-Marceaux devenu célèbre avec l’Arlequin.
  • 1887 : exposition au Salon de 1887 à Paris et livraison à la municipalité – pas d’argent pour passer commande du socle.
  • 1888-1905 : vestibule de l’Hôtel de Ville et musée.
  • 1901 : décès de Mme de Saint-Marceaux mère qui fait don à la municipalité d’une somme d’argent suffisante pour couvrir les frais du socle. Saint-Marceaux peut ainsi concevoir un ensemble cohérent autour de sa statue et dessine les éléments annexes de l’activité principale de la Champagne de l’époque :  pampres, grives, grains de raisin, escargots…
  • 1905 : Installation de La Vigne en grande pompe avec discours et banquet le dimanche 20 juin 1905 (maire = Dr Pozzi).
  • 1914-18 : socle endommagé et statue blessée par un éclat d’obus.
  • 1915 : décès de René de Saint-Marceaux,  douloureusement frappé par le martyre de sa ville et de sa cathédrale.
  • 1921-1928 : Marguerite de Saint-Marceaux, son épouse, bataille avec les conservateurs qui changent et ne sont pas du même avis : un veut réparer, l’autre, pas ; l’un veut faire faire au moindre prix ; l’autre veut respecter l’œuvre. Elle tient à sauvegarder le travail de son époux et écrit « Il vaudrait cent fois mieux laisser la statue avec sa blessure  que de la confier à un inconnu ».
  • 1928 : La Vigne, symbole de la région, est de retour au centre de l’édifice municipal, restaurée avec fidélité par M Lardillier ; le socle est refait sur le modèle du plâtre original par le praticien de Saint-Marceaux, Mr Broutchoux. Marguerite a gagné au prix d’une énergie épuisante.

Sur les photographies c-dessous, on peut voir la statue de « La Vigne »  avant son installation au centre de la cour centrale de l’Hôtel de Ville de Reims en 1905,
  au musée situé dans l’Hôtel de Ville.

Ces photographies ont été scannées à partir de plaques photographiques (9 x 9), elles représentent le Musée de l’Hôtel de Ville entre 1888 et 1905.

 

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On aperçoit, au fond de la salle, le célèbre « Arlequin » de Saint-Marceaux, actuellement dans les réserves du Musée des Beaux-Arts de Reims.

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Ces photos représentent la statue de la Vigne durant sa période d’installation dans le hall d’entrée de l’Hôtel de Ville en attendant les fonds nécessaire à la réalisation du socle.

 


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1905 – La statue de la Vigne est enfin installée sur un socle dans la cour intérieure de l’Hôtel de Ville de Reims.

 

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Guerre 1914-1918 : les bombardements endommagent la statue et son socle.


1928-la-vigne

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1928 : La statue de la Vigne, symbole de la région, est de retour, restaurée avec fidélité par M Lardillier ; le socle est refait sur le modèle du plâtre original par le praticien de Saint-Marceaux, Mr Broutchoux.

La Vigne a retrouvé sa place, à un détail près, un détail énorme, qui n’échappe à personne : la statue a été inversée et elle tourne le dos à la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » qu’elle regardait !

Pourquoi cette inversion ? Qui en est responsable ? Pourquoi n’a-t-on pas réparé cette erreur ? Nous n’avons pas trouvé d’éléments pour le moment pour répondre avec certitude à ces questions.

Le professionnalisme du praticien de Saint-Marceaux nous fait écarter l’erreur de sa part, sauf s’il a délégué le travail à quelqu’un sur place et une fois la pose faite, il était trop difficile – trop coûteux? – de défaire. Une énigme à résoudre… et une action à mener pour que l’oeuvre de Saint-Marceaux retrouve sa position originale en même temps que son cadre de fontaine.

 

 Extraits du discours prononcé par M. le Dr Jean-Baptiste LANGLET,

le 27 juillet 1928 à l’Académie Nationale de Reims :

« …Un des praticiens de René de Saint-Marceaux qui l’aimait comme tous ceux qui ont travaillé dans son atelier sous sa direction, M. Broutechoux, qui a réparé avec beaucoup de soins et de succès le socle de la Vigne, à lui seul un véritable objet d’art qui avait été brisé par un éclat d’obus, me dit : Saint Marceaux  » ne dessinait jamais « , il faisait d’abord une esquisse qu’il massait sommairement, il la complétait et l’animait en ajoutant des boulettes de terre et en affinait les détails d’un léger coup d’ébauchoir.
Rarement satisfait de son travail, il jetait au baquet à terre des œuvres souvent complètes. Exemple, la Dame aux Camélias, recommencée plusieurs fois alors qu’elle était terminée.
(NDRL : voir à ce sujet le Journal de Marguerite de Saint-Marceaux, Fayard, 2007)
Saint-Marceaux avait une inquiétude constante, voulait toujours le mieux, n’était jamais satisfait. Son esquisse décidée, il travaillait facilement, avec une rapidité extrême en pleine terre. Il modifiait généralement beaucoup son esquisse. »


Voici La Vigne telle qu’elle peut être vue actuellement dans la cour intérieure de l’Hôtel de Ville de Reims.

 
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2016-la-vigne

 


 

Lucette TURBET
présidente de l’Association René de Saint-Marceaux

P S : Les plaques photographiques (9×9) en verre appartiennent à l’association ReimsAvant. Nous pouvons vous faire bénéficier de ces clichés exceptionnels grâce à l’autorisation de cette association amie. Qu’elle en soit vivement remerciée  ainsi que pour l’espace qu’elle nous a ouvert sur son site !

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