Biographie

 

René de Saint-Marceaux

 Repères chronologiques

 

1845 : Naissance à Reims au 8 de la place Royale.

1860 : À l’initiative de son professeur, le peintre rémois Jean-Hubert Rève, premier contact avec la terre glaise.

1863 : Installation à Paris et admission à l’École des beaux-arts au cours du sculpteur François Jouffroy.

1865 : Première commande : buste du rémois Alexandre Henrot.

1868 : Au Salon de Paris, exposition de La Jeunesse de Dante, acquise ensuite par l’État. Séjour à Rome (Italie).

1870-1871 : Retour à Reims sous l’occupation prussienne.

1872 : Alors que le Gisant de l’abbé Miroy n’est pas présenté au Salon, pour des raisons politiques, il y obtient quand même la seconde médaille. Le bronze sera ensuite installé au cimetière du Nord à Reims.

1872-1873 : Séjours à Florence (Italie).

1879 : Présentation au Salon du Génie gardant le secret de la tombe, première médaille de sculpture et médaille d’honneur. Acquisition par l’État.

1880 : Présentation de l’Arlequin, sculpture préférée des visiteurs du Salon.

1885 : Membre de la Société des artistes français.

1889 : Médaille d’or à l’Exposition universelle à Paris et officier de la Légion d’honneur.

1891 : Le Salon officiel se scinde en un salon des Artistes français et un salon de la Société nationale des beaux-arts.

1892 :Mariage avec Marguerite Jourdain, veuve du peintre Eugène Baugnies. Départ de la Société des artistes français pour la Société nationale des beaux-arts.

1900 : Nommé hors concours et membre du jury à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

1904 : Premier prix au concours du Monument de l’Union postale universelle à Berne (Suisse). Inauguration en 1909.

1905 : Élu membre de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France.

1906 : Exécution du Monument à Alexandre Dumas fils, place Malesherbes à Paris, et inauguration de la fontaine Subé à Reims, pour laquelle Saint-Marceaux était jury.

1912 : Membre honoraire de l’Académie nationale de Reims.

1913 : Commandeur de la Légion d’honneur. Adoption des trois enfants Baugnies, Jean, Georges et Jacques qui ajoutent de Saint-Marceaux à leur patronyme.

1915 : Mort à Paris.

 

Passion sculpture

Passion Sculpture, René de Saint-Marceaux.

Exact contemporain d’Auguste Rodin ( 1840-1917), René de Saint-Marceaux (1845-1915) a vécu une période artistique en pleine expansion et en renouvellement total, en peinture avec le mouvement des Impressionnistes et en sculpture avec la rupture incarnée par Rodin. Les deux hommes ont collaboré puis se sont éloignés dans leurs recherches respectives. Tous deux ont profité du contexte favorable à la statuaire. Comme le Moyen-Age a vu l’utilisation des figures de pierre des cathédrales pour inculquer et fortifier la religion catholique, la IIIe République a encouragé les artistes statuaires à peupler les façades, squares, tous les lieux et bâtiments publics, des grands personnages symboles des principes du nouveau régime politique : solidarité, progrès, laïcité…

Saint-Marceaux n’était pourtant pas destiné à devenir sculpteur. Ses parents, à la tête d’une prospère maison de vins de champagne, envisageaient plutôt qu’il succède naturellement à son père et dans ce but, lui font suivre des études commerciales. De santé fragile et de tempérament rêveur, le jeune René s’ennuie et délaisse son lycée rémois; il vagabonde et fait l’école buissonnière. Après un essai aussi peu concluant en Allemagne, sa famille accepte, en désespoir de cause, de prendre au sérieux la révélation de sa vocation et le laisse partir à Paris suivre l’atelier de sculpture de François Jouffroy (1806-1882) .

Sa carrière est toute en surprises, revirements inattendus, paradoxes. Pourtant, la postérité n’a retenu de lui que ses œuvres les plus classiques, les plus conformistes, et n’a de lui que des images (tableaux ou photos) lisses, sans aspérités, impeccables. Lui, le « boueux » qui travaille les mains dans la glaise nous apparaît toujours tiré à quatre épingles.

La personnalité complexe de Saint-Marceaux se cache derrière cette apparence lisse, cette réputation de bourgeois qui se distrait en pratiquant une sculpture conformiste, et pour retrouver la sensibilité de l’artiste, l’évolution de ses idées, ses recherches techniques, nous devons découvrir les éléments enfouis sous les strates du temps, fouiller les archives, convoquer des documents personnels pour avoir une représentation plus juste de l’artiste René de Saint-Marceaux et de la véritable signification de ses œuvres, à partir de la vision de la totalité de ses œuvres.

René de Saint-Marceaux n’a pas laissé une très grande production; il n’avait pas les ateliers et les dizaines de praticiens que possédait Rodin mais ses œuvres regardées attentivement nous dévoilent des qualités qui sont passées inaperçues. Ses talents ne se sont pas cantonnés à la sculpture classique comme nous le présentent les documents d’hier et d’aujourd’hui qui copient ceux d’avant-hier sans discernement; il s’est tourné vers la stylisation, le symbolisme, l’intériorité; il a tenté des techniques nouvelles comme la fonte à cire perdue; il a osé des incursions, totalement occultées et oubliées, dans les Arts décoratifs, dans la publicité de l’époque.

Les « petits maîtres » de la peinture sont écrasés par les Manet, Monet, Renoir, Chagall, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Picasso, Matisse. La sculpture, elle, est laminée par Auguste Rodin qui s’est attribué toutes les « découvertes », fort de son talent, certes, mais aussi de ses scandales – on a oublié ceux de Saint-Marceaux, c’est curieux – et de son tempérament emporté. Saint-Marceaux souffrait trop souvent de ses rhumatismes articulaires pour gaspiller sa force créatrice. Comme François Pompon, son praticien et ami, et beaucoup d’oubliés de talent, René de Saint-Marceaux nous a laissé une œuvre foisonnante à redécouvrir.

 

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